]> Ovide, Métamorphoses, 8, 1-151

Légendes crétoises autour de Minos (I) : Scylla, Nisus et Minos (8, 1-151)

 

Transition (8, 1-5)

Céphale retourne à Athènes avec les forces accordées par Éaque.

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Tandis que Lucifer, chassant la nuit, découvre le jour lumineux,

l’Eurus tombe et des nuages gorgés d’eau se lèvent ;

les Austers paisibles offrent à Céphale et aux forces d’Éaque

la possibilité du retour : poussés par des souffles favorables,

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ils parvinrent plus tôt que prévu au port qu’ils avaient cherché.

 

Scylla s’éprend de Minos, l’ennemi de sa patrie (8, 6-80)

Minos assiège Mégare où règne Nisus, père de Scylla. Un cheveu pourpre planté dans sa chevelure garantit à Nisus et la vie et son trône. Durant un siège qui se prolonge sans victoire décisive, la jeune Scylla, du haut des murailles, assiste aux combats et s’éprend de Minos, le chef des assaillants. (8, 5-37)

Dans un monologue intérieur, Scylla livre le cheminement de sa pensée : en proie à un amour irrépressible, elle se dit prête à tout pour plaire à Minos, sans aller pourtant jusqu’à trahir sa patrie. Peu à peu cependant, développant des arguments plus ou moins discutables, elle justifie sa décision de livrer sa cit à Minos, vainqueur assuré d’une guerre juste, car elle est sûre ainsi de conquérir son amour. Finalement, consciente de disposer d’un moyen infaillible pour aboutir à ses fins, elle décide d’arracher de la tête de son père le cheveu de pourpre qui lui sert de « talisman ». (8, 38-80)

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Entre-temps, Minos dévaste les rivages des Lélèges

et essaie ses forces armées sur la cité d’Alcathoé,

domaine de Nisus. Dans sa vénérable chevelure blanche,

ce dernier portait au sommet de la tête un cheveu,

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éclatant de pourpre, garantie pour lui d’un long règne.

Les cornes de la lune à son lever avaient reparu six fois

et l’issue de la guerre était toujours en suspens ; longtemps,

la Victoire aux ailes indécises vole entre les deux camps.

Une tour royale flanquait les murs aux harmonieux accents,

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sur lesquels le descendant de Léto avait posé, selon la légende,

sa lyre d’or ; le son de l’instrument s’était fixé dans la pierre.

Souvent la fille de Nisus avait coutume d’escalader ces murs

et, à l’aide d’un petit caillou, elle faisait chanter les pierres,

en ces temps où régnait la paix. Durant la guerre aussi, souvent

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elle allait contempler de là-haut les combats de l’impitoyable Mars.

La guerre se prolongeant, elle avait même appris les noms des nobles,

les armes et les chevaux, les tenues et les carquois de Cydon.

Elle avait surtout appris à connaître, plus même qu’à suffisance,

le visage de leur chef, le fils d’Europe. Elle le regardait et le jugeait.

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S’il se cachait la tête sous un casque à aigrette de plumes

Minos lui paraissait beau sous son casque. S’il tenait en mains

son rutilant bouclier d’airain, son bouclier lui donnait fière allure.

S’il avait, d’un geste des bras, brandi et lancé de souples javelots,

la jeune fille louait son talent qu’il unissait à tant de force.

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Quand il avait placé sa flèche et bandé son arc puissant,

elle jurait qu’il était debout, tel Phébus armé de ses flèches.

Et quand, ayant retiré son casque, il avait le visage découvert,

quand, vêtu de pourpre, il montait et maîtrisait son cheval blanc

à l’échine couverte de housses colorées et à la bouche écumante,

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la fille de Nisus ne se maîtrisait plus, dominant à peine sa raison :

« Heureux », pensait-elle, « le javelot qu’il touche,

heureuses les rênes qu’il serre dans ses mains ! »


Un élan pousse la jeune fille – ah ! si seulement c’était possible ! –

à porter ses pas à travers les rangs ennemis ; son élan la pousse

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à se jeter du haut de la tour dans le camp des Gnosiens,

à ouvrir à l’ennemi les portes de bronze ou à faire toute autre chose,

si Minos le voulait. Et de la place où elle était assise,

contemplant les tentes blanches du roi de Dicté, elle se dit :

« Dois-je me réjouir de cette guerre lamentable ou la déplorer ?,

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je ne sais. Je la déplore, puisque Minos est, pour moi qui l’aime,

un ennemi. Mais, sans cette guerre, jamais je ne l’aurais connu !

Il aurait pourtant pu m’accepter comme otage et arrêter la guerre ;

il aurait trouvé en moi une compagne, gage de paix.

Si celle qui t’a donné le jour, ô le plus beau des rois, était belle

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comme tu es beau, elle méritait bien qu’un dieu brûlât d’amour pour elle.

Moi, je serais trois fois heureuse, si je pouvais, portée sur des ailes,

glisser à travers les airs et me poser dans le camp du roi de Gnose !

Je lui dirais mon nom et ma flamme, lui demanderais quelle dot il veut

pour son amour, pourvu qu’il n’exige pas la citadelle de ma patrie !

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Car, plutôt voir échouer l’union espérée que triompher par trahison !

Pourtant, beaucoup ont souvent profité d’une défaite,

grâce à la clémence bienveillante de leur vainqueur.

Minos certes mène une guerre juste, après la disparition de son fils,

sa force réside dans sa cause et dans les armes qui la défendent.

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Et, à mon sens, nous serons vaincus. Car quelle issue attend la ville ?

Pourquoi serait-ce Marvors qui lui ouvrirait mes remparts,

et non pas mon amour ? Mieux vaut qu’il puisse l’emporter

sans massacre, sans retard, sans verser son sang.

Ainsi, Minos, je n’aurai pas à craindre qu’un guerrier mal avisé

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ne te frappe à la poitrine ; quel être assez cruel oserait en effet

diriger contre toi, en toute conscience, une lance impitoyable ?

Ce projet m’agrée, et mon idée persiste de livrer en guise de dot

ma patrie avec ma personne, et de mettre ainsi un terme à la guerre.

Mais il ne suffit pas de vouloir ! Des gardes veillent aux accès de la ville,

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et mon père tient les portes verrouillées ; c’est lui seul que je crains,

dans mon malheur, lui seul retarde la réalisation de mes vœux.

Que ne puis-je, par les dieux, être privée de père ! Sans doute,

chacun est son propre dieu ; la Fortune rejette les prières des lâches.

Une autre, brûlant d’une telle passion, depuis longtemps déjà,

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aurait supprimé avec joie tout obstacle dressé devant son amour.

Et pourquoi une autre serait-elle plus forte que moi ?

J’oserais traverser flammes et glaives ; et pourtant, ici, il n’est besoin

ni de flammes ni de glaives ; j’ai besoin du cheveu de mon père.

Ce cheveu est pour moi plus précieux que l’or ; cette pourpre

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fera mon bonheur et me permettra de réaliser mon souhait. »

 

La trahison de Scylla, inacceptable pour Minos (8, 81-144)

Scylla, sa décision prise, pénètre dans la chambre de son père endormi, coupe le cheveu fatidique, et, traversant les rangs ennemis, va le porter à Minos et s’offre à lui, lui livrant ainsi la vie de son père. Minos, horrifié, repousse la traîtresse et la maudit, souhaitant qu’elle soit bannie par les dieux et les hommes, et il refuse de l’emmener en Crète. Puis, imposant aux vaincus des conditions équitables, il se prépare à retourner en Crète. (8, 81-103)

Scylla abandonnée commence par supplier Minos, puis, gagnée par la colère, elle l’accable de reproches et d’invectives, trouvant son geste mal récompensé. Elle accepterait d’être punie de mort par son père qu’elle a trahi, mais ne peut admettre l’insensibilité et l’ingratitude de Minos, qu’elle tente encore d’apitoyer, avant de lui lancer une volée d’imprécations. Puis, quand elle le voit s’éloigner, elle se jette à l’eau et s’agrippe à son navire. (8, 104-144)

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Pendant que Scylla se tenait ces propos, la nuit survint,

très propice à nourrir ses soucis, et son audace grandit dans le noir.

C’était l’heure du premier repos, quand, las des tourments du jour,

les cœurs appartiennent au sommeil ; la fille s’introduit silencieusement

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dans la chambre paternelle et, ô forfait !, elle dépouille son père

du cheveu fatidique ; puis, en possession de son butin impie,

elle l’emporte avec elle, franchit la porte d’un pas rapide, passe

au milieu des ennemis, tant elle est sûre du mérite de son acte,

et parvient auprès du roi, qui reste interdit quand elle lui dit :

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« C’est l’amour qui a inspiré mon crime ; je suis Scylla, fille du roi Nisus,

je viens te livrer les pénates de ma patrie ainsi que les miens.

Comme récompense je ne demande que ta personne ; en gage d’amour,

prends ce cheveu pourpre, et sache qu’en ce moment je te livre

non un cheveu mais la tête de mon père ! », et de la main droite,

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elle tend le présent impie. Minos recule devant l’offre tendue

et, déconcerté par cet acte qui lui paraît inouï, il répond :

« Puissent les dieux t’écarter de leur monde, ô honte de notre siècle,

et que tout accès à la terre et à la mer te soit refusé !

Quant à moi, je ne tolérerai pas que la Crète, berceau de Jupiter,

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monde dont je suis le maître, abrite un monstre tel que toi. »

Sur ce, en responsable très respectueux de la justice,

il imposa ses conditions aux ennemis capturés, puis il donna l’ordre

de détacher les amarres et de garnir de rameurs les poupes d’airain.


Quand Scylla vit s’éloigner les navires voguant sur les flots

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sans que leur chef lui ait offert la récompense de son forfait,

elle s’épuisa en prières, puis se mit à ressentir une violente colère.

Tendant les mains, les cheveux épars, elle s’écria, pleine de rage :

« Où fuis-tu, en abandonnant celle qui a assuré ton succès,

toi que j’ai préféré à ma patrie, que j’ai préféré à mon père ?

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Où fuis-tu, cruel, toi dont la victoire est à la fois

mon crime et mon bienfait ? Ni les services que je t’ai rendus,

ni mon amour ne t’ont donc touché ? Ni le fait que tout mon espoir

repose sur toi seul ? Car, où retourner, dans l’abandon où je suis ?

Dans ma patrie ? Elle est vaincue, terrassée ! Mais imagine-la debout :

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depuis ma trahison, elle m’est fermée ! Vais-je paraître devant mon père

que je t’ai livré ? Mes concitoyens me haïssent, et je le mérite ;

les peuples voisins redoutent mon exemple ; je me suis fermé

l’univers entier, pour que seule la Crète me soit ouverte.

Si tu me l’interdis aussi et si tu m’abandonnes, ô ingrat,

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on dira que ta mère n’est pas Europe, mais la Syrte inhospitalière,

une des tigresses d’Arménie, ou bien Charybde soulevée par l’Auster.

Non, tu n’es pas pas né de Jupiter, et ta mère n’a pas été séduite

par un simulacre de taureau : ce récit de ta naissance est une fable !

Celui qui t’a engendré était un vrai taureau, une bête sauvage,

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que ne séduisit l’amour d’aucune génisse. Inflige-moi un châtiment,

Nisus, mon père ! Riez de mes maux, remparts que je viens de trahir !

Oui, je l’avoue, je l’ai mérité, je suis digne de mourir.

Mais au moins, que la main d’une des victimes de mon impiété

me supprime ! Pourquoi serait-ce toi, vainqueur grâce à mon crime,

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qui punirait ce crime ? Ce forfait contre ma patrie et mon père

devrait être pour toi bénéfique ! Vraiment, elle mérite de t’avoir

pour époux, la femme adultère qui abusa sous une forme en bois

un taureau farouche et porta dans son ventre un fruit monstrueux.

Mes mots parviennent-ils à tes oreilles ? Ou bien, les mêmes vents

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qui emportent tes navires, ô ingrat, emportent-ils mes paroles vaines ?

Désormais il ne sera plus étonnant que Pasiphaé t’ait préféré

un taureau ; tu avais en toi plus de sauvagerie que lui.

Que je suis malheureuse ! Il ordonne d’accélérer, l’onde résonne,

déchirée par ses rames, et comme moi, mon pays s’éloigne de sa vue.

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Tu n’agis pas sagement, toi qui oublies en vain mes bienfaits ;

je te suivrai malgré toi et, étreignant ta poupe recourbée,

je me laisserai longuement traîner sur les flots. » Elle avait à peine fini

qu’elle saute à l’eau et rejoint la flotte, son désir décuplant ses forces.

Et, compagne indésirable, elle s’agrippe au navire de Gnose.

 

Double métamorphose de Nisus et de Scylla (8, 145-151)

Nisus, métamorphosé en aigle des mers (orfraie) chercha à déchirer Scylla qui lâcha prise et qui fut elle aussi métamorphosée en aigrette (ou Ciris).

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Dès que son père la vit – car lui planait déjà dans les airs,

venant d’être métamorphosé en orfraie aux ailes fauves –,

il attaqua pour déchirer de son bec recourbé sa fille accrochée au bateau.

Elle, épouvantée, lâcha la poupe et il sembla que, durant sa chute,

un léger souffle la soutint, lui évitant de toucher les flots.

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C’était son plumage ; ces plumes la métamorphosèrent en un oiseau,

appelé « Ciris », nom qu’elle tient du cheveu qu’elle a coupé.

 

Table des matières

 

Notes

Scylla, Nisus et Minos (8, 1-151). Les 259 premiers vers du livre 8 des Métamorphoses présentent des légendes plus ou moins liées au personnage de Minos et à la Crète (Scylla, Dédale avec le Minotaure, Thésée et Ariane, Icare, Perdix). La première est celle de Scylla, Nisus et Minos. Pour punir le meurtre de son fils Androgée (7, 456-458), Minos prépare la guerre contre Athènes (7, 453-489). Après avoir quitté Égine, il vient assiéger Mégare, une ville de l’Attique située à la sortie de l’Isthme de Corinthe, sur la mer, en face de Salamine. Son roi est Nisus. Scylla, la fille de ce dernier, s’éprend de l’assaillant, et par amour elle n’hésite pas à couper le cheveu de pourpre ou d’or, une sorte de talisman planté sur la tête de son père et qui avait la propriété de le rendre invincible. Scylla offre ce cheveu à Minos, qui peut ainsi se rendre maître de Mégare. Mais Minos repousse la traîtresse avec horreur et refuse de l’emmener avec lui en Crète. Il quitte Mégare avec sa flotte. Scylla rejoint alors à la nage le bateau de Minos, mais son père, qui a été transformé en aigle des mers, la poursuit et veut la déchiqueter ; elle ne lui échappe que grâce à une métamorphose en aigrette (Ciris). Le récit a une origine gréco-orientale et a notamment été étudié par Georges Dumézil. Son schéma fondamental est également à la base de la légende de Tarpéia liée à l’épisode sabin des origines de Rome. L’histoire de Scylla, Nisus et Minos a été largement utilisée par les auteurs grecs (Eschyle, Sophocle, Callimaque) et latins (Virgile, Properce, Ovide). L’Appendix Vergiliana par exemple contient un poème de plus de 500 vers intitulé Ciris (« L’aigrette »), qui permet d’éclairer certains passages du texte plus succinct des Métamorphoses.

Lucifer (8, 2). Lucifer ou l’Étoile du matin est la planète Vénus. Cfr 2, 115 et 722-723 ; 4, 629 et 4, 665. Les cinq premiers vers du livre 8 forment une transition entre la fin du livre 7 (661-865), consacré à Céphale, racontant son histoire aux fils d’Éaque, pour tuer le temps, en attendant des vents favorables pour rentrer d’Égine à Athènes, avec les renforts demandés.

Eurus (8, 2) et Auster (8,3). Sur ces vents, cfr par exemple 7, 659-660.

port (8, 5). Il s’agit du Pirée, le port d’Athènes.

Lélèges (8, 6). Lélex, venu d’Égypte (Pausanias, I, 39, 6), passe pour un roi mythique de Mégare. Son peuple aurait pris le nom de Lélèges. En réalité, le terme Lélèges, comme celui de Pélasges (7, 49), désigne une population primitive prégrecque (cfr 7, 443).

Alcathoé (8, 7). Alcathoé est l’ancienne désignation de Mégare. La ville porte le nom d’un de ses rois, Alcathoos, fils de Pélops et d’Hippodamie, qui, avec l’aide d’Apollon, reconstruisit les murs de la cité qu’avaient détruite les Crétois (cfr 7, 443).

Nisus (8, 7). L’un des quatre fils de Pandion, roi d’Athènes. Né à Mégare, où son père exilé avait épousé Pylia, la fille du roi de Mégare. Après avoir reconquis l’Attique avec ses frères, Nisus obtint lors du partage le trône de Mégare. Il était pourvu d’un cheveu de pourpre ou d’or, qui le rendait invincible, selon un oracle. Des commentateurs ont pensé rapprocher ce détail de l’histoire biblique de Samson (Jg 13-16), dont toute la force était concentrée dans sa chevelure. - Sa fille Scylla est parfois abusivement rapprochée de la Scylla localisée dans le détroit de Messine, en face de Charybde : cette nymphe, transformée en monstre (« la terrible aboyeuse » d’Homère, Od., 12, 85, et dont il sera longuement question dans Mét., 13, 722-968), terrorisait les marins et Ulysse avait dû l’affronter. La confusion a notamment été faite par Ovide, lui-même, dans les Fast., 4, 500 et la note.

Les cornes de la lune... (8, 11-12). Tour recherché pour indiquer que le siège de Minos s’était prolongé durant six mois lunaires (cfr 2, 453 et 7, 179-181).

descendant de Léto... (8, 14-16). Apollon (fils de Léto, autre nom de Latone) avait aidé le roi Alcathoos lors de la construction des murs de Mégare. Comme le dieu avait déposé sa lyre sur une pierre pendant qu’il travaillait, la pierre eut la propriété d’émettre un son musical quand on la frappait avec un caillou.

la fille de Nisus (8, 17). Scylla, que certains mythographes ont parfois confondue avec Scylla, le monstre marin voisin de Charybde, et célèbre chez Homère et Virgile, est la fille de Nisus. Sa légende présente des points communs avec Tarpéia, l’héroïne romaine qui s’éprit du chef sabin qui assaillait le Capitole (Liv., I, 11, 5-9), trahit sa patrie, et fut châtiée par l’ennemi qui, loin d’être séduit, avait été horrifié par sa trahison.

Cydon (8, 21). Ville de Crète, réputée pour ses archers fameux.

fils d’Europe (8, 23-24). Minos est le plus souvent considéré comme le fils de Jupiter et d’Europe (sur Europe, cfr 2, 833-875 ; 3, 3, et 6, 103-107, où toutefois Ovide ne mentionne pas de descendance pour le couple). On sait que Minos régna sur la Crète et que sa flotte lui permit de contrôler la mer et les Cyclades. Époux de Pasiphaé, il est le père d’Ariane, de Deucalion, de Phèdre et d’Androgée. Il est aussi le frère de Rhadamanthe et de Sarpédon.

Gnosiens (8, 40). Cno(s)se, ou Gno(s)se, est une ville du nord de la Crète, appelée Cnossos de nos jours, où l’on découvrit les ruines impressionnantes d’un palais, qui fut attribué à Minos. « Gnosiens » désigne donc ici les Crétois.

Dicté (8, 43). Nom d’une montagne de Crète, ici synonyme de Crète. Cfr 3, 2. Le roi de Dicté est donc ici Minos.

ailes (8, 51). Souhait prémonitoire, puisque Scylla sera métamorphosée en aigrette (8, 150-151).

guerre juste (8, 58). La cause de Minos est censée juste, parce qu’il voulait châtier les habitants de l’Attique pour le meurtre injuste de son fils Androgée (cfr 7, 456-458). Comme dans le vers précédent qui fait allusion à la « clémence » du vainqueur, la notion de « guerre juste » renvoie à des concepts qui devaient être débattus à Rome au temps d’Ovide.

Mauors (8, 61). Autre nom de Mars, employé métaphoriquement comme souvent (cfr par exemple le texte latin de 8, 7) pour désigner la guerre.

Fortune... (8, 73). Tournure de même sens mais inversée par rapport à celle de Virgile, Én., 10, 284 : « Audentes Fortuna iuuat » (La Fortune sourit aux audacieux).

berceau de Jupiter (8, 99). Selon la forme la plus courante de la légende, Zeus (Jupiter), fils de Cronos et de Rhéa, serait né en Crète, sur le mont Ida ou le mont Dicté, et aurait été confié par sa mère Rhéa aux nymphes (ou aux Courètes, ou à la chèvre Amalthée), parce qu’elle voulait le soustraire à Cronos, qui dévorait ses enfants à leur naissance, suite à un oracle disant qu’il périrait par un de ses enfants. Cfr notamment Fast., 5, 111-117 et les notes. Selon d’autres sources, Zeus serait né en Arcadie (cfr Mét., 2, 405 n.).

justice (8, 101). Minos, Éaque et Rhadamanthe étaient juges aux enfers, d’où cette notation d’Ovide, à rapprocher du portrait d’Éaque, présenté comme un homme juste (par ex. en 7, 484-486 : sa fidélité à Athènes).

ennemis capturés (8, 102-103). Ovide est très concis concernant la prise de Mégare et la fin de Nisus, événements qui peuvent se déduire ici du geste de Scylla.

Europe (8, 120). Cfr 8, 23 et la note.

Syrte (8, 120). Dans la géographie ancienne, le terme Syrtes, d’origine grecque, désignait deux golfes de la Méditerranée, situés entre Cyrène et Carthage, sur la côte de l’Afrique. La navigation y était dangereuse. Cfr Fast., 4, 499 ; Virg., Én., 1, 111 ; 5, 51 ; 7, 302.

tigresses d’Arménie (8, 121). C’est un lieu commun courant chez les écrivains latins d’associer, sans grande rigueur géographique, les environs de la mer Caspienne, le Caucase, l’Arménie, l’Hyrcanie, l’Inde avec le lieu de provenance des tigres.

Charybde (8, 121). Cfr 7, 63-65, où l’écueil Charybde est associé à l’écueil Scylla, son voisin (cfr n. à 8, 7), deux endroits de la mer de Sicile, dans le détroit de Messine, signalés comme particulièrement redoutables pour les navigateurs. Cfr Virgile, Én., 1, 200 avec une note détaillée ; 3, 420 ; 7, 302 et notes ; Ovide, Fast., 4, 499 et note.

femme adultère... fruit monstrueux (8, 132-133). Allusion à Pasiphaé, l’épouse de Minos (mère d’Ariane et de Phèdre) ; elle s’était éprise du taureau magnifique que Poséidon avait fait surgir des flots à la demande de Minos. Cet amour contraire à la nature aurait été inspiré à Pasiphaé par Poséidon, qui voulait punir Minos d’avoir refusé de lui offrir le taureau en sacrifice, ou par Aphrodite/Vénus qui avait voulu punir Pasiphaé de sa négligence envers elle. Quoi qu’il en soit, Pasiphaé s’unit à ce taureau grâce à un stratagème imaginé par Dédale, qui avait fabriqué en bois un simulacre de génisse, dans lequel la reine avait pris place, abusant ainsi le taureau. C’est de cette union que naquit le Minotaure, « le fruit monstrueux ». Cfr Virg., Én., 6, 14-30, et surtout la note à 6, 24-26 ; Ovide, Fast., 3, 499.

orfraie... (8, 145-146). Ovide, succinct ici encore, présente la métamorphose de Nisus en aigle des mers (orfraie) quand elle est déjà réalisée.

Ciris (8, 151). Ou aigrette, oiseau mythique, qu’Ovide (ou plutôt sa source) fait erronément dériver du grec « keirein » couper, tondre. Selon Hygin, Fab., 198, Nisus, métamorphosé en aigle des mers « haliaeton », poursuit Scylla, qui se voyant repoussée par Minos s’était jetée dans la mer et était devenue un poisson qu’on appelle « ciris ». Cfr le poème Ciris de l’Appendix Vergiliana.