Un texte inédit de Rimbaud a été retrouvé dans un vieux journal, le Progrès des Ardennes, paru le 25 novembre 1870. Il y manque quelques mots, à cause du papier déchiré. J’y ai découvert le mot povero, apparemment de l’italien signifiant malheureux, pauvre.

Écoutez les explications, suivies d’une lecture de ce texte par Marc-Édouard Nabe: inédit de Rimbaud lu par Marc-Édouard Nabe.

inédit de Rimbaud

Le rêve de Bismarck

(Fantaisie)

C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite; de son immense pipe s’échappe un filet bleu.

Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine; de l’ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg; il passe outre.

À Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu: il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, – et s’arrête...

Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine! – Oh! sous son crâne jaune, quels délires d’avare! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse!...

*
*  *

Bismarck médite. Tiens! un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.

Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, – enfin, de s’arrêter... Le doigt reste là, moitié plié, immobile.

Paris! Paris! – Puis, le bonhomme a tant rêvé l’œil ouvert, que, doucement, la somnolence s’empare de lui: son front penche vers le papier; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir...

Hi! povero! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s’est plongé dans le fourneau ardent... Hi! povero! va povero! dans le fourneau incandescent de la pipe..., hi! povero! Son index était sur Paris!... Fini, le rêve glorieux!

*
*  *

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate! – Cachez, cachez ce nez!...

Eh bien! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais, [mots illisibles] avec des cris de... dame [mots illisibles] dans l’histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides!...

Voilà! fallait pas rêvasser!

Jean Baudry

Commentaires:

ANONYME, le 27 mai 2008 à 08:51

IZARRA : FAUX NOM, VRAI FAUSSAIRE ?

L’auteur est un habitué des coups montés littéraires, il semblerait qu’avec des moyens chimiques, techniques mais surtout informatiques il soit parvenu à tromper la vigilance des plus rusés ! A partir de vieilles archives vierges authentiques il aurait fabriqué ce faux. Les naïfs s’y seraient laissé prendre.

Rien que les circonstances de cette trouvaille devraient inciter à la plus extrême prudence... Comme par hasard un cinéaste justement en train de faire un documentaire sur Rimbaud entre dans une bouquinerie (une librairie de quelle ville donc se demandera le péquin ? Mais oui bien-sûr de Charleville-Mézières voyons !) et là, hop ! comme par enchantement il trouve le fameux trésor littéraire qu’on recherchait depuis 1945 ! Bref, un mauvais scénario de Indiana Jones qui semble passer comme une lettre à la poste ! Sans parler des détails tellement « beaux et évidents » qu’il sont invraisemblables quand y réfléchit bien. Un romancier qui aurait écrit cette histoire aurait été taxé d’écrivain sans imagination. La vérité est que, comme l’avoue avec complaisance l’auteur de cet étrange message, le faux après avoir circulé un certain temps dans un circuit « traditionnel » pour accréditer son authenticité aurait finalement été dirigé vers cette boutique de Charleville dans l’attente de sa « découverte ».

D’ailleurs trouver un tel document là où précisément dans l’imaginaire collectif on est censé le trouver, c’est plus fort que fort ! Et c’est pour cela que c’est aussi un peu faible quand on commence à se poser quelques questions... Des faux littéraires ont déjà été fabriqués, cela ne serait pas la première fois (récemment il y eut les faux carnets d’Hitler pour ne citer qu’un cas célèbre). Pour ce qui est des parties manquantes du document, les détériorations « naturelles » ont été machiavéliquement confectionnées à des endroits stratégiques du texte : il fallait que cela fasse vrai. Mais pas trop non plus quand même car on se doute bien que l’auteur de la farce n’aurait pas masqué, même en partie, la signature « Jean Baudry » ! C’était la seule chose importante, la signature. Il fallait même que ça fasse plus vrai que vrai. C’est réussi...

ouzlou, le 27 mai 2008 à 15:07

En lisant un peu ce qu’écrit cet Izarra je ne suis pas convaincu par ce qu’il dit. Il refuse de donner des preuves matérielles de sa prétendue falsification, ou au moins des explications claires. Et surtout, il ne fait que produire du bavardage autour du sujet.

Je surveillerai les nouvelles concernant les futures analyses scientifiques que le document va subir.

Paul, le 2 juin 2008 à 09:04

Le document ne subit aucune expertise scientifique actuellement. C’est du vent.

Merqur, le 6 juin 2008 à 22:18

Tout ce que je puis dire c’est que le monsieur à lunettes (dans l’émission de France 3) ne m’inspire pas du tout confiance... Le premier commentaire d’un anonyme est peut-être (sans doute?) juste. En tout cas, j’ai du mal à crorie à ce qui pourrait très bien être qu’un canular. Je nuance trop. Je reprends la phrase de Paul : C’est du vent.

Orwell, le 7 juin 2008 à 09:07

Le document existe et Rimbaud a bien publié dans Le Progrès des Ardennes. Simplement ce vieil exemplaire ne fait l’objet d’aucune étude scientifique actuellement. C’est encore un des pets de l’authentique faussaire. Mais au fond peu importe, comme disait Flaubert la société ne se méfie de rien comme de la liberté et de la poésie. Cela vaut pour la notre excellemment. Qu’aurait-elle pu faire d’une telle découverte ? Ce qu’elle fait de tout : une affaire de plus.

Jacques QUENTIN, le 17 novembre 2008 à 12:53

*** Rimbaud et ses faux embrouillages ***

L’histoire pourrait sembler très complexe.

Elle est simple. Absurdement simple. On avait découvert en avril 2008 un joli texte inédit de Rimbaud dans une bouquinerie de Charleville-Mézières publié sous le pseudonyme de Jean Baudry (presque anagramme de Rimbaud). « On », c’est à dire le cinéaste Patrick Taliercio qui était justement en repérage sur les lieux où avait grandi Rimbaud pour un projet de long métrage consacré au poète. Un témoin clé que personne n’a jamais vraiment entendu puisqu’il a « une frousse bleue de la télévision »... On a donc laissé ses intermédiaires s’émerveiller de la trouvaille.

Là où l’affaire devient complexe, ou plutôt limpide, c’est lorsque dans la foulée est apparu le nom d’un certain Raphaël Zacharie de Izarra...

Qui ne connaît pas ce faussaire hors pair au culot monstre ? Dans le cercle des collectionneurs, on fuit comme la peste ce roi de l’entourloupe littéraire.

Capable du pire en allant jusqu’à élaborer des mises en scène très sophistiquées parfois préparées des années à l’avance (ce qui fut le cas pour cet inédit de Rimbaud) grâce à des complicités toujours discrètes, ce Narcisse invétéré affectionne les feux médiatiques.

Sa spécialité : ridiculiser ceux qu’il aime à définir comme les « exégètes de la cause littéraire ». C’est son credo, son délire, sa folie furieuse. Chacun ses obsessions... Bref, dès que les vrais amateurs ont su qu’il était mêlé à la découverte, les enthousiasmes les plus vifs sont retombés dans des bruits d’enclumes. La « Plume » avait fait son oeuvre.

(Une « Plume » avec une majuscule, c’est ainsi que s’est auto proclamé notre Machiavel des bibliothèques).

Il faut au moins lui reconnaître ce talent inné pour débusquer les imposteurs. Mais à quel prix ?

Le personnage ne fait jamais dans la demi-mesure et même plutôt dans le char d’assaut. C’est ce que je lui reproche.

Raphaël Zacharie de Izarra a poussé la (mauvaise) plaisanterie jusqu’à laisser s’auto gonfler la baudruche médiatique, décidément très extensible, sans qu’elle n’éclate jamais.

Du moins pas encore.

Le plaisantin est si redoutable qu’entendre ne serait-ce que l’écho de son nom devant une montagne de lingots d’or, c’est l’assurance de trouver du plomb derrière une pellicule dorée. Amateur de trésors retrouvés, si vous oyez le nom de ce faussaire ou simplement entrapercevez l’ombre de ses initiales, le reflet de sa particule -dont il est particulièrement fier-, les contours de sa plume suspecte, perdez toute illusion ! Il est mouillé dans tant de tentatives ratées mais surtout d’entreprises réussies de fabrications de faux, et non des moindres, que vous pouvez êtres certains d’avoir été bernés.

Le spécialiste français de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère qui, comme beaucoup de ses confrères a foncé tête baissé aurait dû faire preuve de plus de prudence et de professionnalisme dès lors que le nom de Raphaël Zacharie de Izarra a commencé à circuler.

L’inédit de Rimbaud est un faux. Vous voilà prévenus. Je ne m’ingénierai pas comme certains à rendre complexes des choses simples. Le faussaire est si pernicieux dans sa volonté d’embrouiller les esprits que ce serait lui faire trop d’honneur que de tenter de dénouer à grands cris ce qui s’avère n’être que du vent.

Les naïfs qui pour toute caution se réfugient derrière les ors d’une « académie verveuse » relayée par la télévision dans des émissions littéraires et adoptent encore la version rassurante pleine d’érudition d’un Jean-Jacques Lefrère imperturbable s’en mordront les doigts.

Jacques Quentin pour « Ouest France », novembre 2008

Note de l’auteur au sujet de Raphaël Zacharie de Izarra :

Il y a encore trop de journalistes crédules victimes des machinations de ce faussaire sans scrupule qui diffusent en toute bonne foi mais sans aucune conscience professionnelle ses fausses nouvelles toujours spectaculaires. Il est urgent de dénoncer l’imposture de ce faussaire certes talentueux mais qui semble ne connaître aucune limite. Je connais Raphaël Zacharie de Izarra à travers ses frasques médiatiques rapportées depuis plusieurs années par les quotidiens de l’Ouest (il est du Mans, je suis de Rennes). Il s’est spécialisé depuis une quinzaine d’années dans le faux littéraire et à déjà produit quelques « inédits » célèbres.

JQ